Et si, pour prendre soin de vous, vous n’aviez pas toujours besoin de vous reposer ?
Cela peut paraître paradoxal.
Pourtant, selon ce qui vous épuise, vous n’avez peut-être pas besoin de la même chose.
Votre corps est épuisé ? Vous avez peut-être besoin d’une pause.
Votre tête tourne en boucle ? Vous avez peut-être besoin de remettre du mouvement dans votre vie.
Vous vous sentez seul(e) ? Vous avez peut-être besoin de retrouver du lien.
C’est à partir de cette idée que j’aime utiliser une image très simple avec les aidants : celle des 3 batteries.
Mais avant de vous les présenter, j’aimerais vous rappeler quelque chose d’essentiel :
Votre proche compte. Mais vous comptez aussi.
Quand prendre soin de soi devient difficile
Vous connaissez peut-être cette sensation.
Vous vous couchez fatigué(e).
Vous vous réveillez fatigué(e).
Vous faites tout votre possible pour accompagner votre proche, répondre à ses besoins, anticiper les difficultés… et pourtant, vous avez parfois l’impression de vous oublier en chemin.
Prendre soin d’un proche peut prendre beaucoup de place dans la vie quotidienne. Au fil du temps, la fatigue physique ou mentale peut s’installer. Les relations sociales peuvent aussi passer au second plan.
La Haute Autorité de Santé recommande d’ailleurs de repérer le plus tôt possible les situations dans lesquelles un aidant rencontre des difficultés. Parmi les signes qui peuvent alerter figurent notamment l’épuisement physique ou mental et l’isolement social.
Alors, prendre soin de soi n’est pas un luxe.
Et ce n’est certainement pas une façon d’abandonner son proche.
C’est aussi une manière de prendre soin de soi pour pouvoir continuer à avancer dans la durée.
Dans mes accompagnements, je rencontre régulièrement des aidants qui savent qu’ils devraient penser davantage à eux… mais qui ne savent plus vraiment par où commencer.
C’est justement pour cela que j’ai imaginé une petite boussole très simple : ma méthode des 3 batteries.
Imaginez que vous ayez trois petites batteries à l’intérieur de vous :
🔋 La batterie du corps
🔋 La batterie de l’esprit
🔋 La batterie du lien social
Ce n’est pas une méthode médicale ni une formule miracle.
C’est un outil de réflexion que je vous propose, pour vous aider à repérer ce qui mérite votre attention aujourd’hui.
Parce que nous n’avons pas toujours besoin de la même chose.
Avant de chercher une solution, demandez-vous quelle batterie est la plus déchargée.
C’est peut-être elle qui vous donnera le premier indice.
1. 🔋 Quand votre corps est épuisé : faites une pause
Cela peut sembler évident.
Et pourtant, c’est souvent la première chose que l’on néglige lorsque l’on prend soin d’un proche.
Vous enchaînez les tâches.
Vous repoussez le moment de vous asseoir.
Vous vous dites que vous vous reposerez plus tard.
Et puis « plus tard » finit par ne jamais arriver.
Lorsque votre corps vous envoie des signaux comme :
des douleurs ou des tensions musculaires ;
une sensation de jambes lourdes ;
des tensions dans le dos ou la nuque ;
une fatigue physique importante ;
vous pouvez simplement vous demander : « De quoi mon corps aurait-il besoin maintenant ? »
Peut-être d’une vraie pause.
Vous pouvez essayer :
de vous allonger quelques minutes dans un endroit calme ;
de prendre une douche chaude ;
de boire un grand verre d’eau ;
de fermer les yeux quelques instants ;
de vous étirer doucement ;
ou de pratiquer un petit auto-massage.
J’aime particulièrement proposer un geste très simple : prendre quelques minutes pour hydrater ses jambes, ses pieds ou ses mains avec une crème ou une huile, en effectuant des mouvements lents et souples.
Ce n’est pas une performance.
Ce n’est pas un soin compliqué.
C’est simplement une façon de vous accorder quelques minutes d’attention.
Comme si vous pouviez dire à votre corps : « Je prends aussi soin de toi. »
2. 🔋 Quand votre esprit tourne en boucle : remettez du mouvement
Voici une idée qui peut surprendre.
Lorsque les pensées tournent en boucle, nous pouvons avoir envie de nous arrêter complètement.
Mais rester immobile n’est pas toujours ce qui nous aide le plus.
Une activité simple et agréable peut parfois permettre de déplacer notre attention et de remettre un peu de mouvement dans notre quotidien.
Si vous vous surprenez à ressasser, à anticiper sans cesse ou à imaginer le pire, vous pouvez essayer de faire quelque chose qui vous procure un minimum de plaisir :
tester une nouvelle recette ;
jardiner ;
tricoter ;
jouer à la pétanque ;
faire un jeu de société ;
bricoler ;
dessiner ;
écouter de la musique ;
aller marcher.
L’objectif n’est pas la performance.
Vous n’avez pas besoin de faire du sport, de produire quelque chose ou de « rentabiliser » ce moment.
L’idée est simplement de sortir, pendant un temps, du face-à-face avec vos pensées.
La marche, par exemple, fait partie des activités physiques qui peuvent être bénéfiques pour la santé physique et mentale. Mais elle ne va évidemment pas faire disparaître vos problèmes.
Elle peut simplement vous offrir un autre espace pour les regarder.
Comme me l’a confié un jour une aidante :
« Quand je marche, mes problèmes ne disparaissent pas, mais ils cessent de tourner en boucle. »
J’aime beaucoup cette phrase.
Parce qu’elle ne prétend pas que la marche règle les problèmes.
Elle dit simplement qu’elle peut parfois permettre de prendre un peu de distance avec eux.
3. 🔋 Quand vous vous sentez seul(e) : reconnectez-vous aux autres
Être aidant peut parfois être une expérience profondément solitaire.
Même entouré(e), vous pouvez avoir le sentiment que personne ne comprend réellement ce que vous vivez. Et plus le quotidien s’organise autour de votre proche, plus vos propres relations peuvent passer au second plan.
Dans ces moments-là, la troisième batterie mérite toute votre attention : celle du lien social.
Téléphonez à un ami. Passez voir un proche. Discutez avec un voisin. Partagez un café. Envoyez quelques messages. Rejoignez une activité qui vous plaît.
L’important est de rechercher, autant que possible, des relations qui vous font du bien.
Inutile d’appeler le grincheux de service qui vous démoralisera en trois phrases ! 😉
Et surtout, souvenez-vous d’une chose : Vous avez le droit de parler d’autre chose que de votre proche aidé.
Certaines personnes abordent automatiquement le sujet parce qu’elles pensent bien faire.
Mais si, aujourd’hui, vous avez simplement envie de rire, de parler de vacances, de cuisine, de jardinage ou du dernier film que vous avez vu… vous en avez parfaitement le droit.
Vous êtes aidant, mais vous n’êtes pas uniquement aidant.
Vous restez une personne avec vos centres d’intérêt, vos rêves, vos envies, vos souvenirs et votre vie propre. Et préserver ces liens compte.
Une histoire que je rencontre souvent
Je pense à une aidante que j’ai accompagnée. Elle me disait :
« Je n’ai plus le temps pour moi et, quand j’en ai, je culpabilise. »
Pas question pour elle de tout bouleverser. Nous avons commencé par quelque chose de très simple : une marche hebdomadaire avec une amie.
Rien d’extraordinaire. Juste 30/40 minutes.
Au début, cela pouvait sembler bien peu face à tout ce qu’elle avait à gérer.
Puis, quelques semaines plus tard, elle m’a dit : « J’ai l’impression de respirer à nouveau. »
Sa situation n’avait pas miraculeusement changé.
Son proche avait toujours besoin d’elle.
Les difficultés du quotidien étaient toujours là.
Mais pendant ces 45 minutes, elle bougeait, elle changeait d’air, elle parlait d’autre chose et elle retrouvait une personne avec qui elle se sentait bien.
Une seule activité pouvait ainsi contribuer à nourrir plusieurs de ses batteries à la fois.
Et c’est peut-être là que cette image des 3 batteries devient intéressante. Elles ne sont pas séparées par des cloisons étanches. Une même activité peut parfois faire du bien au corps, à l’esprit et au lien social.
Et si vous n’avez vraiment pas de temps ?
Alors, ne cherchez pas forcément à trouver une heure entière.
Commencez petit.
Vous pourriez, par exemple :
prendre 10 minutes pour vous poser, puis
partir marcher 15 ou 20 minutes avec une amie, un voisin ou un membre de votre famille.
En moins d’une heure, vous aurez peut-être :
accordé un peu de repos à votre corps ;
remis votre esprit en mouvement ;
nourri une relation.
Et si vous n’avez que 10 minutes ?
Prenez-les.
Dix minutes ne régleront évidemment pas toutes vos difficultés. Mais elles peuvent constituer un premier espace pour vous. Et parfois, c’est justement par ces petits espaces que l’on recommence à respirer.
Le test des 3 batteries
La prochaine fois que vous sentez la fatigue s’installer, posez-vous simplement ces trois questions :
🔋 Comment va mon corps ?
🔋 Comment va mon esprit ?
🔋 Comment vont mes relations ?
Puis demandez-vous : « Quelle batterie ai-je besoin de recharger aujourd’hui ? »
Vous pouvez même noter ces trois mots PAUSE – ACTION – RELATIONS sur un Post-it, les enregistrer dans votre téléphone ou les afficher le pense bête que je vous ai préparé où vous les verrez régulièrement :
Pas besoin de tout changer. Pas besoin de prendre une grande décision.
Commencez par une seule petite chose.
Et si votre batterie est vraiment à plat ?
Les petites pauses et les moments de lien peuvent être précieux.
Mais ils ne doivent pas devenir une nouvelle injonction à « mieux gérer » votre fatigue.
Si vous vous sentez épuisé(e), si votre situation devient trop difficile à supporter ou si vous n’arrivez plus à récupérer malgré du repos, ne restez pas seul(e) avec cela.
Parlez-en à votre médecin, à un professionnel qui vous accompagne ou à une structure de soutien aux aidants.
Demander de l’aide n’est pas un échec. C’est aussi une façon de prendre soin de soi.
La Haute Autorité de Santé rappelle d’ailleurs que les solutions de répit doivent être adaptées à la situation, aux besoins et aux souhaits de chaque aidant.
Et maintenant, avant de repartir dans votre journée, prenons quelques secondes pour terminer cet article, posez-vous simplement cette question :
🔋 Quelle batterie ai-je besoin de recharger aujourd’hui ?
Peut-être mon corps.
Peut-être mon esprit.
Peut-être mes relations.
Vous n’avez pas besoin de tout réparer aujourd’hui. Vous pouvez simplement commencer par recharger une petite batterie à la fois.
Et pour aller plus loin :
La Haute Autorité de Santé rappelle que les aidants peuvent rencontrer des situations d’épuisement et d’isolement et souligne l’importance d’un repérage précoce ainsi que de solutions de répit adaptées à chaque situation.
Sources :
Haute Autorité de Santé, Les aidants ont besoin de répit : la HAS publie des recommandations.
Haute Autorité de Santé, Répit des aidants : recommandations de bonne pratique.
Organisation mondiale de la Santé, Activité physique.
Organisation mondiale de la Santé, De la solitude aux liens sociaux : ouvrir la voie vers des sociétés plus saines.
« Ma méthode des 3 batteries » présentée dans cet article est une image et un outil de réflexion que je propose aux aidants. Elle ne constitue pas une méthode médicale et ne remplace pas un avis ou un accompagnement professionnel lorsque la fatigue devient importante ou persistante.
